2010-03-10 00:07:01
Guyenne : polémique autour de l'appartenance religieuse du tribun de Montauban
MONTAUBAN (AAP) - Ces derniers jours, la polémique fait rage à Montauban, siège d'une des plus grandes communautés réformées du Royaume de France. En cause, un personnage controversé et ardent défenseur des thèses réformées, le tribun Sancte Iohannes qui, après une absence de plusieurs mois, a récupéré un poste qu'il avait déjà occupé par le passé. Le duc de Guyenne et les autorités aristotéliciennes ont obtenu dans un premier temps qu'il soit révoqué, mais il fut rapidement réintégré après avoir été plébiscité par plus de 70% de la population.
Autour du 15 février, la bourgmestre de Montauban, Kindjal, a nommé au poste de tribun le réformé Sancte, récemment rentré en Guyenne au sein d'une compagnie formée de Guyennois et d'Helvètes qui étaient allés guerroyer en Béarn (voir notamment l'AAP du 18 et du 21 janvier 1458). L'homme avait déjà été tribun de Montauban par le passé, depuis sa nomination en avril 1457 par la mairesse d'alors, Zephyra, jusqu'à son départ pour le Béarn en septembre de la même année.
Le 21 février, suite à un courrier du duc El_barto qu'elle a reçu deux jours plus tôt, Kindjal a révoqué Sancte et a nommé à sa place Asophie, porte-parole du conseil ducal. Toutefois, après avoir étudié la lettre envoyée par Sancte à tous les nouveaux arrivants, la bourgmestre a estimé qu'elle est parfaitement neutre, ne contenant effectivement aucune mention religieuse. Le 25 février a donc initié une consultation au sein de la population, afin de savoir si les montalbanais estimaient que Sancte mérite son poste de tribun. Dans une allocution, elle déclare qu'elle voit en Sancte un homme qui «dans sa tâche de Tribun, n'a failli en rien, n'a abusé en rien, a fait un travail remarquable» et s'étonne qu'on «[le fasse] jeter de son bureau sans ménagement, [qu']on [dise] de lui qu'il n'est pas intègre.»
Quatre jours plus tard, au terme du délai fixé par Kindjal, le plébiscite organisé en halle est sans équivoque : 14 des 19 suffrages exprimés, soient 74%, sont favorables à Sancte. Le 1er mars, il est donc réintégré dans ses fonctions. On retiendra de ce débat les attaques de Bardieu, évêque de Cahors et curé de Montauban, contre ce qu'il qualifie «d'intervention dans [son] domaine», reprochant à la mairesse de «faire des déclarations sur des sujets qui relèvent de la spiritualité.» Cette dernière se défend en rappelant que le poste de tribun ne comporte aucun aspect religieux et que «si [elle] souhaite en effet nommer Messire Sancte à ce poste, ce n'est guère pour sa foi mais bien pour ses compétences, choses qui, [n'en] déplaise [à l'évêque], ne sont guère incompatibles.»
Dans un entretien épistolaire informel avec l'AAP, elle explique que le duc de Guyenne El_barto lui a demandé de démettre Sancte -qui se réclame ouvertement comme réformé aristotélicien- en raison de l'incompatibilité entre sa charge et sa foi, et qu'elle lui a répondu qu'elle ne voyait pas là ce qu'elle avait à faire : «un maire n'est ni un policier, ni un clerc ; [...] les affaires spirituelles ne sont pas [du] ressort [du maire] et que si, par ailleurs, la foi de [...] Sancte portait atteinte à l'ordre public, il convenait à la maréchaussée de monter un dépôt de plainte.» Elle rapporte en outre qu'El_barto se serait offusqué face à ce refus d'obtempérer et qu'il aurait insinué que la mairesse entretenait des sympathies avec la réforme.
Kindjal évoque aussi les pressions exercées par Bardieu, évêque de Cahors et curé de Montauban. Ce dernier aurait affirmé que l'excommunication de la bourgmestre était prête à être prononcée. Par la suite, au cours du débat public spontané autour de la consultation, il a sommé Kindjal d'aller s'expliquer au confessionnal, en ces mots : «Je vous attends à l'église pour une confession dès demain avant la messe pour que vous m'expliquiez tout cela de vive voix. Et ceci n'est pas une requête.»
Au terme de sa réponse, Kindjal rappelle qu'elle n'a pas choisi de nommer Sancte au poste de tribun «à titre personnel. Si Messire Sancte occupe le poste de Tribun de Montauban, c'est qu'il a prouvé qu'il le faisait, qu'il le faisait bien et même qu'il le faisait avec intégrité, contre toute attente, pourrait-on dire.» Elle confesse aussi penser qu'il y a derrière cette polémique des réglements de compte personnels, et regrette que les institutions de Guyenne soient instrumentalisées de la sorte.
Du point de vue légal, maître Betoval, avocat de Guyenne reconnu par le duché, confirme que l'exercice du poste de tribun n'est assorti d'aucune condition d'ordre spirituel. Il explique ainsi que «les lois temporelles de Guyenne sur la religion sont toutes décrites dans notre concordat. Les contraintes religieuses ne portent que sur les membres du conseil Ducal. Le concordat ne couvre aucune autre responsabilité, que ce soit tribun, maire, conseillers municipaux ou autre.»
Le conseil ducal, par l'entremise de sa porte-parole Asophie, a fait savoir qu'il ne souhaitait pas s'exprimer dans cette affaire. Le duc El_barto n'a quant à lui pas répondu à nos interrogations.
Kartouche, pour l'AAP
[Sources :
[RP]D'une urne en place publique : Urne en place publique:
http://forum.lesroyaumes.com/viewtopic.php?t=1226443
Avis de nomination au poste de tribun (sujet des annonces générales en gargote) :http://forum.lesroyaumes.com/viewtopic.php?p=47247379
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