2010-02-12 18:25:58

Entretien avec la Provence loyaliste

AIX EN PROVENCE (AAP) - Alors que la Provence se déchire dans une guerre où les deux camps semblent incapables de prendre l’avantage pour l’instant, les initiatives se multiplient et il devient difficile de s’y retrouver dans ce conflit qui s’installe sur la longueur.

Jusqu’à présent deux forces étaient en présence, les troupes du marquisat et celles de la France, mais elles ont été rejointes par une troisième force qui, plus discrète dans la presse, n’en demeure pas moins efficace. En effet, pendant que les deux belligérants principaux réglaient leur querelle à coup d’armée, ce nouveau protagoniste sur la scène provençale reprenait le château d’Aix et dévoilait petit à petit ses membres. Méconnu de part et d’autre et du grand public, nous avons voulu en savoir plus et avons donc rencontré Samuel Alexandre de Trévière dict Dahut qui fut mis au pouvoir par la révolte et Flore de Lendelin, active partisane du mouvement.


AAP : Tout d'abord bonjour à vous et merci de nous recevoir alors que vous devez avoir fort à faire. Pourriez-vous vous présenter ? Traîtres pour certains et brigands aux yeux d'autres, votre groupe apparaît assez hétéroclite par l'origine et le rang social de ses membres. Comment vous-même vous définissez-vous ?

Samuel : Les loyalistes sont avant tout soudés par une idée : celle qu’une Provence riche doit avoir une structure stable. Cela passe par accepter la place de la Provence dans la hiérarchie des Royaumes. Les liens se sont resserrés avec le temps sous une pression tyrannique. Les différentes classes sociales représentées sont aussi un symbole de la diversité que nous espérons. Le droit d’expression est important et se doit de provenir de tous les niveaux sociaux pour pouvoir gouverner pour tous. Nous ne sommes pas brigands, nous n’avons rien volé sauf le siège confortable d’une marquise et d’une comtesse dépassées par les événements.

Flore : Nous sommes la dissidence provençale, agissant en secret depuis des mois pour faire chuter le marquisat illégitime et rendre la Provence vraiment libre. Notre intention est de rendre à notre comté la place qu’il mérite dans l’Empire. Sa position de rebut des Royaumes du Sud ne nous convient pas. J’ai entendu l’empire nous qualifier de Provençaux loyalistes. Ce terme nous représente bien aussi. Notre groupe réunit des Provençaux principalement, et des amis de la famille, Français, nous ont rejoints. Depuis leur arrivée, ils sont devenus des amis et face à l’épreuve que nous vivons, des excellents soutiens. Ils n’ont rien à voir avec les forces françaises présentes sur le sol de Provence.


AAP : Pourquoi en être arrivé à prendre le pouvoir plutôt que de passer par les urnes? Cette prise de pouvoir était elle d'ailleurs calculée ou était-elle le fruit d'une opportunité?

Samuel : Lorsque les armées françaises ont commencé à marcher sur la Provence, nous avons tout de suite communiqué avec eux pour en savoir plus sur leurs intentions. Nous sommes tombés d’accord sur nombre de points et fidèles à leur parole nous avons travaillé pour que la Provence revienne à des Provençaux. Nous pouvons vraiment affirmer qu’ils font ce qu’ils avancent. Alors dans les méandres d’un conflit plutôt obscur nous avons patienté pour trouver l’opportunité. Mais c’était tout réfléchi.

Flore : Nombreux partis d’opposition au marquisat se sont succédés en Provence. J’en veux pour preuve le fait qu'en été dernier, lorsque le parti Liberté Provençale de Samuel a récolté un franc succès, l’opposition s’est liguée pour lui soustraire le poste de comte: la peur du changement. Il avait eu le tort d’être honnête et cela n’a pas plu. Au début, je me demandais en quoi ce comté était libre, si c’était toujours les mêmes au pouvoir, malgré la décision des urnes. J’ai alors assisté aux élections pour désigner le successeur du marquis sortant: une mascarade, une manipulation bien orchestrée. J’ai ensuite pris le relai de Samuel en politique, dans une formation plus consensuelle. Il m’est très vite apparu que toute nouveauté était proscrite. J’ai compris que hausser le ton était inutile et qu’il fallait se soumettre. Cela étant exclu, la solution était d'agir radicalement. A cette époque, notre choix était la mise en œuvre du plan de retour à l'empire.
Lorsque les armées françaises ont été signalées, nous avions donc déjà pris la décision d’agir de concert avec les nobles provençaux impériaux dont l’aura était une garantie pour l’avenir de la Provence. Une éventuelle prise du château n’était pas écartée. L’intervention des Français a accéléré les choses, c’est certain, et a ajouté une touche d’imprévu à notre plan. Ce n’était pas pour nous déplaire.


AAP : Un des points qui fait le plus parler, est la mise en place à la tête de la province, d'un Français. Comment dire alors que vous êtes pour un retour à l'empire? Pourquoi ne pas avoir placé un sujet fidèle à l'empereur? Et cela présage-t-il d'une occupation de la capitale et plus généralement de la province par des armées françaises?

Samuel : Flore et moi même somme à la tête des loyalistes. Le comte actuel est un de mes fidèles sujets et je dirai même ami. De sa naissance cet homme est français, mais a voyagé avec sa douce jusqu'à Vitrolles. Il est un commerçant brillant. Il nous permettait, à Flore et moi, de ne pas être en première ligne et de pouvoir gérer le travail diplomatique, entre autres. Les gens ne doivent pas oublier que le lieu de résidence n’est pas si important que la bannière pour laquelle l’on donne son temps, sa force voire sa vie.

Flore : Oui, je comprends ces interrogations. L’explication, Samuel vous l’a donnée. Le poste de comte est le plus exposé aux critiques virulentes et aux attentats. Messire Patrice14 s’est proposé à cette place pour épargner mon cousin, délégué à la sécurité. Si vous regardez le conseil, dix conseillers sont provençaux, soit une très large majorité. Cette critique est en fait un moyen que la propagande des félons utilise pour nous déstabiliser et discréditer les Français. Cela ne nous touche pas et l’avenir prouvera encore une fois leurs mensonges. Je le répète : les troupes du Royaume de France se battent vaillamment avec nous et sont nos alliées. Toutefois, elles ne sont pas nos commanditaires.


AAP : Que voyez-vous de plus intéressant dans le fait de rejoindre l'Empire? Certains Provençaux n'ayant pas connu l'empire attendent en effet de savoir ce qui différencierait le marquisat de l'empire.

Samuel : Je me suis souvent exprimé là-dessus. Je vais tenter de faire au plus vite. Le marquisat est une structure étatique extrêmement fermée. Si vous êtes ami de la famille qui la compose alors vous ferez carrière. Si vous finissez un jour en désaccord… Vous trouverez la porte au plus vite. Caché derrière un idéal d’indépendance bafoué et rabâché en permanence, le marquisat ne gère pas la vie du peuple, l’économie, ni rien de ce que peut gérer un conseil comtal. Jusque là, le marquisat est une réplique de l’empire visant à donner des titres à un petit noyau de personnes. Voici une preuve de sa tendance impérialiste: il tente de s’agrandir vers Gênes. Un retour à l’empire offrira une stabilité et la paix. A tous les Provençaux travailleurs, des carrières jusqu'à l’échelle de impériale seront disponibles. La présence de la France à nos frontières fera de la Provence un lieu de commerce et de prospérité… La noblesse ne sera plus divisée et trouvera aussi plus de profondeur dans son évolution.
Ce sera la fin de la paranoïa pour défendre de l’illégitime. Moins de brigands sur nos terres, plus d’alliés et surtout plus de perspective dans le progrès et la croissance de notre terre qui… qui que soit le souverain… sera toujours la Provence de lavande, mer et montagne et d’un peuple fier et distinct. Et je vous assure du nombre de projets à venir qui devrait réjouir chacune des classes sociales.

Flore : Un déverrouillage complet des relations commerciales et diplomatiques. Le peuple ne sait pas que les traités ne sont jamais signés avec le marquisat, reconnu nulle part dans le SRING ou le Royaume de France. Le peuple ne sait pas que le commerce avec la Provence se fait au compte-gouttes, dans le secret, est susceptible d’être annulé à tout moment si les personnes ne s’entendent plus. Le peuple ne sait pas que l’ancien régime a ruiné la Provence et que des contrats d’échange solides sont indispensables. Le peuple ne sait pas que la Provence est considérée comme félonne dans l’Empire et dans le Royaume de France, ce qui maintient une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Ces menaces ont été récemment mises en œuvre et que notre conseil loyaliste tente de freiner pour éviter une guerre de longue durée.


AAP : Après quelques jours à la tête du comté vous avez eu le temps de faire le point. Quel a été l'état de la Provence que vous avez trouvé à votre arrivée?

Samuel : HMM catastrophique… Les caisses étaient vides. Pillées. La Provence a été pillée. L’on trouve aussi les écrits du conseil précédent. 90% de cela ne sont que de la suspicion, de l’organisation militaire. Le conseil comtal depuis 8 mois n’était plus tourné vers le peuple, mais ressemblait à des services secrets. Cette chose est très bien, mais en arrivant nous n’avons plus trouvé de bêtes, plus de céréales. Nous constatons que les perdants préfèrent ne rien laisser derrière eux, pour appuyer leurs fiertés, quoiqu’il en coûte à ceux qui sont neutres et veulent manger. Forme d’égocentrisme qui coûte très cher à tout le monde

Flore : Catastrophique. Les bilans d’avant le conflit n’étaient déjà pas rassurants mais nous avons constaté que des conseillers pro-marquisat s’étaient emparés des faibles richesses du comté. Denrées, écus, ils ont tout pillé : la caisse contenait 3500 écus à notre arrivée. Sur une semaine, nous avons pu la remonter malgré ces circonstances difficiles. Les coupables sont connus et seront poursuivis.


AAP : Avec un tel bilan de départ, que faites vous pour redressez la Provence? Pouvez-vous seulement faire quoi que ce soit dans la situation actuelle d'ailleurs, et être un véritable conseil?

Samuel : Nous avons écrit au maire, nous avons réclamé un minimum pour faire tourner l’économie. Mais comme je le disais bien trop égoïste sont les riches du marquisat. Donc nous faisons tout le possible pour remonter la situation. Nous ne sommes pas là pour réclamer des titres ou une position. Nous voulons vraiment arrêter ce conflit, un retour a l’empire et une économie qui repart, d’autres conseils suivront. Nous donnons tout ce que nous avons pour la gestion de la Provence qui saigne.

Flore : Notre action est limitée compte tenu de l’embargo mis en place par les félons. Nous agissons pour le mieux dans ces conditions difficiles. Je peux déjà vous annoncer que nous assurons une transition, bien que plusieurs d’entre nous seront impliqués activement dans la mise en place du nouveau régime. Le travail s'étalera sur des mois. Nous avons de quoi tenir la longueur, même en cas de reprise du château par les traîtres. La priorité est néanmoins la stabilité, non encore acquise à ce jour.


AAP : Il semble que vous ayez des problèmes avec nombre de municipalités. Ce conflit avec les maires et leur refus de vous reconnaître n'est-il pas dangereux pour la population? Ne vous sentez-vous pas un peu responsable des dysfonctionnements du comté qui en découlent?

Samuel : Vous savez. Nous avons pris un conseil qui était déjà vide car ils ne s’attendaient pas à nous voir. Ce conseil ne pensait qu’à sa défense. La population était déjà bien lésée. Mais ce sont des Provençaux qui ont pris ce conseil. Sans notre intervention, les alliés français auraient fait la même chose. Nous sommes d’ici et connaissons la population. Nous espérons avec le temps que les esprits retrouveront la sagesse et laisseront partir le marquisat pour que la Provence arrête de rêver mais construise.

Flore : L’embargo a été décidé par les félons. Depuis le début, nous demandons une collaboration des mairies pour assurer le minimum à la population. Nous comprenons qu’ils ne nous aideront pas mais là … ils accélèrent la faillite du comté, sans se soucier des difficultés des paysans et artisans provençaux. Je ne comprends pas pourquoi les maires acceptent cela. Les félons sacrifient physiquement et économiquement la Provence pour garder une parcelle de leur pouvoir illégitime. J'espère que les maires vont penser à leurs administrés pris en otages injustement.


Les loyalistes impériaux n’ont guère pu tenir plus de deux semaines et le château est aujourd’hui de nouveau aux mains de partisans du marquisat dont les armées ont défait les Français. Si certains chantent déjà à la victoire de la Provence libre et indépendante, les Français n’en demeurent pas moins actifs. Malgré une défaite retentissante, ils ne semblent pas encore s’avouer vaincus puisqu’une de leur armée demeure et qu’ils ont récemment pris la mairie de Brignoles où, faute de pouvoir les en déloger, les autorités du marquisat les combattent à coup de procès. De leur coté, les loyalistes impériaux comme ils se nomment, contrôlent toujours, faute du château, au moins la capitale alors qu’une de leur armée fait son entrée.

Pour un conflit que certains estiment déjà gagné, la Provence est encore loin de retrouver la paix et aurait plutôt tendance à s’enfoncer inexorablement vers une guerre longue et coûteuse en vies, qu'elles soient françaises, provençales ou impériales.

Godgaby, pour l'AAP